Liberté d’expression, liberté de création … sous le vent des menaces

25 Oct 2019 | Communiqués, Droits humains

 

Liberté d’expression, liberté de création … sous le vent des menaces
En l’espace de 48 heures, deux informations se sont succédé à Bordeaux qui méritent que l’on s’y attarde, tant elles sont symptomatiques des reculs et donc des menaces tangibles face auxquelles des libertés que l’on pensait acquises se retrouvent mises en défaut.
L’actualité n’y est pas étrangère mais leur enchaînement sonne comme une alerte.
La première concerne l’annulation du concert de Bertrand Cantat pour une création (« Paz ») programmée le 31 mars prochain au Rocher de Palmer. Face aux pressions ayant suivi l’annonce de ce concert, les organisateurs ont décidé de l’annuler.
La seconde est l’annonce de l’annulation par l’Université de Bordeaux d’une conférence de la philosophe Sylviane Agacinski qui portait sur le thème « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique », suite à des menaces.
Dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit d’une censure qui ne dit pas son nom.
Dans le premier cas, c’est la liberté de création et de diffusion d’une oeuvre par un artiste. La controverse vient de l’artiste en question et de son passé féminicide. Il a été condamné pour cela et puni. Qu’il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime. On peut aussi considérer qu’il y a une certaine hypocrisie à ne contester que sa tournée et pas ses disques, comme si le concert était le lieu de toutes les sacralisations.
En tout état de cause, ce débat change de nature quand il se transforme en demande d’annulation d’un spectacle. Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d’aller le voir, ou pas.Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice. Les demandes, directes ou indirectes, de censure ou d’annulation de son spectacle, les pressions diverses et variées contreviennent à la lettre et à l’esprit de la loi.
Dans le second cas, c’est la liberté d’expression qui est mise dans la balance et la capacité de nourrir un débat contradictoire sur un sujet de société. Que des mouvements s’opposent à certaines techniques de reproduction (PMA, GPA), c’est leur droit. Qu’ils empêchent par la menace d’autres personnes d’exprimer publiquement leur point de vue ou leurs analyses est tout simplement inadmissible. C’est une atteinte aux droits fondamentaux et au bon fonctionnement d’une démocratie.

Dans l’un comme dans l’autre cas, la LDH dénoncent des actes d’intimidation qui portent directement atteinte aux libertés fondamentales et aux principes de droit.

Fédération de la Gironde Ligue des Droits de l’Homme contact@ldh-gironde.org
Comité régional Nouvelle Aquitaine Ligue des Droits de l’Homme

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