Internet et nous : la stratégie de Google, vers une convergence technologique au service d’une idéologie qui soulève des questions cruciales ?

13 Fév 2014 | Contributions

Google et ses applications ont très largement pénétré la vie quotidienne des citoyens. On pense bien sûr à son impact sur les internautes : 425 millions d’internautes utilisateurs de  la messagerie Google, mais aussi par une diversification des applications (Google Apps, réseau Google +, navigateur Google Chrome, Google Map, Google Earth, Google livres, Google Sites, projet Google Wave…). En 2011, Google annonçait déjà avoir passé le cap du milliard de visiteurs uniques.

Google fait incontestablement partie des géants du Net. Toutefois, ses visées actuelles pourraient bien masquer des ambitions bien plus larges permises par les moyens considérables et par la position d’un groupe qui génère la deuxième capitalisation boursière internationale. Ces ambitions se concrétisent par des diversifications récentes dans le domaine de la robotique et de la domotique, ou encore dans le domaine de la recherche génétique et plus largement dans le domaine de l’intelligence artificielle. L’enjeu ? Etre un acteur majeur sinon L’acteur incontournable de la convergence entre technologies de l’information, nano-biotechnologies, robotique, cognitique, séquençage ADN… et ce au service d’un projet : le transhumanisme, dont l’ambition n’est autre que s’affranchir de la mort. Le recrutement récent de Ray Kurzweil, leader du projet transhumaniste ou de la « posthumanité » laisse peu de doute sur le sens de cette stratégie. Google figure par ailleurs parmi les membres fondateurs de « l’Université de la singularité », créée par … Ray Kurzweil.

Le projet Google et l’idéologie qui semble le guider désormais, par leur conséquences et leur portée, soulèvent une question d’ampleur philosophique, anthropologique et politique majeure. Pourtant, il n’a aucunement fait l’objet d’un quelconque débat démocratique, s’inscrivant dans la stratégie d’un groupe industriel dont les ambitions hégémoniques et civilisationnelles court-circuitent totalement le pouvoir politique et le citoyen.

De fait, il est à craindre que le type de société esquissé par une telle stratégie, alimentée par une forme de scientisme néolibéral, s’apparente à une forme de totalitarisme techno-scientifique. Sans mésestimer les avancées induites par ce type de technologies, en particulier pour lutter contre des formes de maladies ou de handicaps lourds, on ne peut que s’inquiéter du fait que de tels développements étendus au champ du devenir de l’humanité, quasi-exclusivement contrôlés par des groupes au pouvoir économique exorbitant, quasi-monopolistique, ne s’opèrent sans aucune forme de maîtrise ou de contrôle citoyen et hors de toute forme de débat public.

Il y a là un problème et un enjeu démocratique essentiel, qui donne un reflet particulier à la rencontre récente de François Hollande avec les géants du Net aux États-Unis : le pouvoir économique démesuré des géants du Net, loin de se limiter au seul champ des affaires, empiète désormais sur une lecture et une définition de l’avenir de nos sociétés, qui auparavant relevaient du domaine du politique mais pourrait bien lui échapper plus substantiellement, c’est-à-dire s’opérer hors de toute sphère de décision publique.

L’analyse de Laurent Alexandre, parue dans le Journal du Dimanche du 8 février dernier, donne un aperçu des questions soulevées par la stratégie de Google (A LIRE ICI)

A consulter aussi, le dossier spécial de Tracks (diffusé sur Arte en septembre 2011) consacré au transhumanisme (malheureusement la vidéo n’est plus consultable sur le site)